Quelques bons moments en montagne
Fort des conseils glanés lors de notre formation CAF d'avril et mai (2 soirées théorie et un we pratique sous la pluie), et moi nous sentons prêts pour notre première course d'arêtes.
Quelle est LA traversée dont rêve chaque grenoblois féru de montagne ? Alliant esthétisme, proximité, engagement et histoire ? Le Gerbier répond à tous ces critères : cette longue arête de 2 kmdomine Prélenfrey de plus de 1000m, sur la barrière orientale du Vercors, entre Cornafion et Deux Soeurs. De l'autre coté, elle surplombe la Combe Charbonnière au dessus de Villard de Lans. Elle est enfin le lieu de la fin tragique de Lionel TERRAY, probablement le plus célèbre des alpinistes Grenoblois, en 1965.
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Je vous conseille au passage sa biographie "Les conquérants de l'Inutile" où il relate les plus belles pages de l'alpinisme des années 1950.
Au programme du jour donc, 1500m de traversée en plein ciel, jamais difficile techniquement, mais très aériens.
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Nous démarrons à 7h15 de la route forestière des Bordeaux, au dessus de Prélenfrey (1275m). Le démarrage se fait en douceur sur une large piste, puis se transforme en chemin au point 1443m. A 1533m, nous rejoignons le sentier balcon qui suit la barriere orientale. Nous le suivons au Sud et dans le brouillard pendant quelques centaines de mètres, puis bifurquons soudainement vers une étroite sente ascendante en direction de la Double Brêche. Une cordée nous précède, et nous ouvre la route. La sente grimpe dans des alpages se redressants petit à petit. Vers 1800m, nous perçons enfin le brouillard pour dominer une immense mer de nuage.
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Seuls dépassent les sommets des massifs environnants, et nous une pensée pour ceux se réveillant sous la grisaille. Au bout de 1h30, nous arrivons à la Double Brêche à 1950m. Quelques mots échangés avec la cordée de devant qui démarre et nous nous encordons. Encordement en bout de corde, anneaux de buste, et nous décidons de mettre environ 20m entre nous.
La traversée commence par une courte désescalade pour arriver à la Double Brêche.
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William attaque en tête, plaçant de nombreux points de protection. Le début du parcours se fait sur la gauche de l'arête, puis revient sur le fil. Nous ne le quitterons désormais plus avant quelques heures. Le vide est extrêment présent, et nous avançons avec énormément de concentration.
Dans les parties plus larges, nous nous relevons et marchons sur nos 2 pattes.
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Je prends pas mal sur moi dans cette première partie, et je ne suis pas très à l'aise : pas l'habitude d'être si haut, ni de progresser en corde tendue en second de cordée. Nous ne nous voyons pas toujours, masqués par des blocq ou gendarmes, mais essayons de beaucoup communiquer : il est hors de question de prendre le moindre risque, et nous maintenons toujours au moins un point d'assurance entre nous : anneau de corde autour d'un rocher ou coinceur. La confiance vient petit à petit, et nous progressons désormais plus rapidement, la corde courant entre les rochers :
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Nous sommes ainsi protégés, et même si nous chutons tous deux du même coté, la corde se bloquera entre les rochers et nous retiendra.
Nous rejoignons ensuite une partie "rando" et j'en profite pour reprendre la tête de cordée. Le vide est toujours présent, mais ne nous impressionne plus. Je prends énormément de plaisir. Parfois à pied, souvent avec les mains, ou carrêment à cheval sur l'arête. Certains passages deviennent plus techniques et parfois très étroits.
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Nous arrivons ainsi au "Rasoir" : à peine 5 cm de large sur quelques mètres de long. La seule solution est d'empoigner le "fil du Rasoir" bien solidement des deux mains, et de trouver des prises de pied en dessous. Grand moment que cette traversée en pas chassés, avec les 1000m de vide sous les pieds. Heureusement les prises sont franches.
Nous continuons notre progression en toute sécurité, à une courte exception : en tête, je désescalade légèrement un passage, puis décide de poser une sangle dans le creux. Je repars en face, remonte, et soudain la sangle "saute" du rocher, et nous nous retrouvons en corde tendue, sans aucun point entre nous. La sangle fait le yoyo 2m au dessus de l'arête. Petite alerte pour nous, mais Will passe le passage sans encombres, mais probablement avec émotion !
Cela fait maintenant plusieurs heures que nous chevauchons. Je propose à Will de repasser devant. Plutôt que de choisir la facilité, nous décidons de suivre la crête autant que possible. Nous décidons de faire un relai au niveau d'un ressaut vertical de quelques mètres. J'assure William qui passe en tête et place les protections nécessaires. Puis je franchis le passage corde tendue. S en suit une heure d'escalade et désescalade "en rab" avec quelques pas délicats. Chapeau Will, en tête cela n'avait rien d'évidant.
Il faut à un moment désescalader sur un rocher. Comme d'habitude, un coup de pied permet de tester la solidité du roc. Rien ne bouge, nous pouvons donc poser les 2 pieds dessus ... Et avec tout notre poids, il devient moins stable. Pas de panique, de bonnes prises de mains, et c'est reparti.
La fatigue commence à faire sentir : il est plus de 13 heures et nous n'avons rien mangé depuis 5h30 du matin. Nous devons absolument rester concentrés, mais le sommet n'est toujours pas là. Quelques passages techniques en adhérence, l'adrénaline monte.
5h15 après s'être encordés, nous arrivons enfin au sommet. Encore un 1/4 d'heure sur l'arête et nous arrivons au bout des difficultés du jour. Petit coup de fil dans la vallée pour rassurer : nous pensions être de retour pour 14 heures... Nous avons certes pris du retard, mais avons toujours opté pour la sécurité.
Premier rappel facile, que nous aurions pu éviter en descendant à pied. Puis nous arrivons enfin au vrai rappel de 15m, qui marque la fin de la course.
http://www.dailymotion.com/bious_videos/video/4317743
Nous replions la corde, et descendons rapidement les 230m jusqu'au sentier. 6 heures passés sur l'arête, le soleil a tapé fort et nous avons pris quelques coups de soleil sur le bras gauche...
ll est alors 15h passés, toujours rien dans le ventre, mais il faut remonter 260m jusqu'au pas de l'Oeille (1960m). 15h45, nous n'avons plus qu'à descendre. Nous nous accordons enfin une pause repas. Quel bonheur d'enlever les grosses ! Une petite demi heure plus tard nous redecollons. Plus d'eau, chaleur, et impératif Casto, il est temps d'y aller.
Un couple redescend de la Grande Moucherolle. Bel hasard, il s'agit de Lorene, avec qui j'étais en stage il y a deux ans chez Renault Trucks et de Lionel. Ils ont fait le col des Deux Soeurs et la Grande Moucherolle depuis la route forestière. Nous descendrons ensemble jusqu'aux voitures, en faisant le point des 2 années écoulées. Un grand pierrier nous permet d'avaler 300m en 20 minutes et 30 minutes plus tard arrivont à la voiture de Lorène et Lionel, qui nous éviterons les quelques centaines de mètre sur la route.
En synthèse, cette course m'a fait révé quelques années ... et a tenu ses promesses ! J'ai trouvé un compagnon de cordée avec qui tout se passe pour le mieux, et qui partage la même optique sécurité que moi. Cela promet un bel et long avenir en montagne !
Course facile mais nécessitant absolument le pied sûr, à déconseiller aux personnes sujètes au vertige !