Vendredi, c'est .... ski de rando. Décidément, cela devient une habitude fort plaisante.
Hier j'étais à l'IAE pour une journée de conférence, donc une journée potentielle d'abus : café croissant à 8 heures, café pain au choc' à 10 heures, charcut' vin rouge le midi, jus d'orange pain aux raisinx à 16 heures, apéro à 19 heures. Sauf que pour une fois, j'ai
pas fait moins fait d'excès que d'habitude, en prévision de ce vendredi. Je reste dormir à Bresson, prépare mon sac pour le lendemain et arrive même à me coucher relativement tôt. J'ai été moins raisonnable sur le filet mignon en feuilleté, mais tant pis.
4 heures, violente mélodie pas polyphonique du Nokia ... c'est dûr ! La nuit a été agitée, est ce l'excitation ou l'inquiétude ? Heureusement, je sais qu'une belle journée nous attend. Pourquoi est ce qu'on a toujours froid à 4 heures du matin, même dans une maison chauffée ? Je m'habille chaudement et descend préparer le thé. J'ai toujours l'estomac en vrac lors des départs matinaux, et le petit déjeuner passe mal. L'estomac bien lourd de la veille, j'avale quand même un peu de riz nature. Pas de matière grasse, pas de laitage, cela ne me réussit pas. Je branche l'ARVA, non pas que les pentes de Bresson soient particulièrement avalancheuses, mais surtout pour éviter d'avoir à me déshabiller plus tard. Polaire, Gore Tex et sac sur le dos, je sors. Les oiseaux chantent déjà, il fait frais et le ciel est bien dégagé. Cela laisse présager un bon regel nocturne, donc un dégel pas trop précoce.
Un crochet par l'estacade pour récupérer Will, et nous voilà bientôt aux Granges de Freydières, 1131m d'altitude. Au dessus, la route continue mais elle est enneigée. Tant pis, nous partirons de cette altitude à ski. Le temps de s'équiper, nous démarrons à 5h45 à la lueur des frontales. Nous partons tranquillement, à la fois en raison de notre état ensommeillé, et de la longue montée qui nous attend. Si habituellement nous ne sommes pas des grands bavards, à cette heure ci la conversation est limitée. 55 minutes et 3 à 4 km plus tard, nous voici à Pré Raymond, 1372m. C'est habituellement le départ de la rando, mais nous avons fait déjà (et à peine) 240m de dénivelé. A ce rythme, nous ne sommes pas rendus !
La véritable montée attaque alors, avec d'abord 200m de dénivelé sur une large piste ascendante sans difficultés. Puis, le chemin se rétrécit et la pente s'accentue. 150m galères s'annoncent, sur une piste glacée, creusée d'ornières. Les épingles à la montée sont délicates à négocier sans les couteaux, passages pas très marrants.
1700m, nous sortons de la forêt au pied de la face N du Grand Colon (une course de plus à faire!) et continuons la montée en direction du lac du Crozet où nous arrivons après 2h30 de montée. Un hélico dépose des personnes qui travaillent à la réparation des conduites forcées sous le barrage.
1974 mètre d'altitude, il fait jour depuis longtemps maintenant, la Chartreuse est ensoleillée, et les premiers rayons éclairent le Grand Colon. Nous sommes nous toujours dans l'ombre, et un vent frais se fait sentir au niveau du lac. Les crêtes du Pic du Loup et de la Grande Lance fument : les forts vents annoncés en altitude sont bien présents.
Nous avons fait déjà l'équivalent d'un Chamechaude, et ne sommes pourtant pas à mi parcours. Nous continuons notre ascension, et débouchons en plein vent au col de la Pra à 2186m. Quelques mètres plus loin, nous trouvons enfin le soleil et en profitons pour une rapide pause casse croûte et thé. Nous ne nous attardons pas, le vent nous glace les mains.
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| Au dessus du col de la Pra |
Tempête de ciel bleu, la neige est très dure, nous continuons pour l'instant sans les couteaux. Nous attaquons le verrou des Doménons. Seuls deux ou trois gros blocs sortent de la neige, chose étonnante quand on connait le passage en été ! Nous sommes prudents pour franchir le verrou un peu raide dans cette neige bien regelée.
Nous débouchons dans les rafales au niveau du premier lac du Doménon. Heureusement, la combe Sud par laquelle nous devons rejoindre le sommet semble abritée du vent. Cela fait 4 heures que nous montons, j'ai déjà dépassé mon record de dénivelé à skis.
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| Lac des Doménon, 2380m |
Courage, encore 400m à franchir. Nous sommes maintenant une dizaine dans cette combe, tous un peu à la peine. Le rythme de montée ralentit, à cause de la fatigue et des couteaux que tout le monde à mis. Mes skis tenant bien pour le moment, je décide de m'en passer. Physiquement cela commence à être dur : jambes lourdes, coeur qui bat trop vite. Mais le moral est excellent, je suis heureux d'être en montagne, plus très loin d'un sommet qui m'attire depuis longtemps, et apprécie énormément cet effort. Cela fait très longtemps que je n'avais pas ressenti cette sensation !
Les foulées sont de plus en plus courtes et les pauses plus fréquentes afin de récupérer mon souffle. J'en profite pour admirer la vue qui se dégage petit à petit. Le Grand Colon, majestueux et impressionnant il y a quelques heures, n'est plus qu'une simple colline vu d'ici.
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| Encore quelques mètres. En bas, le grand colon semble tout petit ! |
Dernier mètres, la vue se dégage sur le Grand Pic de Belledonne, les Grandes Rousses, les Ecrins. Nous laissons les skis quelques mètres sous le sommet, et je finis l'ascension à pied. Grand moment de bonheur seul la haut : est ce l'effort accompli ? la vue impressionnante ? le fait d'être sur un sommet désiré depuis longtemps ?
Hormis la longueur (1750m de D+ et 5h30), cette ascencion ne présente aucune difficulté ni risque particulier, mais pourtant je suis vraiment heureux et ému d'être ici ! Le lever matinal, l'effort fourni, le coup de barre à la fin, tout est oublié !
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| Sommet 2790m HEU - REUX ! |
Nous prenons quelques photos avec William, en essayant de cadrer le Grand Pic en arrière plan. Il doit faire - 5 à 10° environ, mais le fort vent du nord augmente fortement le froid ressenti. Nous essayons de dépeauter à l'abri du vent et sans tarder. Mes mitaines me permettent de n'avoir que le bout des doigts à l'air libre, ce qui est suffisant pour enlever et replier les peaux. En quelques secondes, les doigts gèlent, ne trainons pas.
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| Panorama du sommet : Grand Pic, Croix de Belledonne, Grandes Rousses, Meije, Rateau, ... |
Derniers regards sur le panorama du sommet, nous chaussons les skis pour trouver plus bas un coin à l'abri où pique niquer. Petite traversée, et premier virage à droite quand soudain, je perds l'équilibre et chute. Quelques mètres sur les fesses et je m'arrête sans bobos, mais avec une petite frayeur.
J'ai probablement mal verrouillé mes fixations, et au premier appui un peu fort, un des skis à sauté, d'où la chute, heureusement sans conséquences. Est ce du à la présence de la neige sur la fixation, à l'euphorie du sommet ou à l'empressement ? En tout cas, une erreur que je ne referrai plus.
Nous repartons prudemment dans une neige qui, en raison du fort vent de nord, n'a pas eu le temps de dégeler. Une centaine de mètre plus bas, nous nous arrêtons à l'abri du vent pour manger un bout. Hélas, les nuages montent depuis le Crozet et les Doménons, nous cachant le soleil et abaissant de fait la température de quelques dégrés.
Nous préferrons donc repartir rapidement, sachant de toute façon que la neige ne dégelera pas. Adieu la moquette tant espérée. Un peu de brouillard et de jour blanc avant de rejoindre les Doménons, dans une neige très difficile à skier. Heureusement, la visibilité aux lacs est meilleure. Nous continuons la descente avec de très fréquentes pauses car les cuisses chauffent rapidement ! La descente est vite plus pénible que la montée, ceci jusqu'à la forêt.
Malgré nos craintes du matin, la forêt se descend sans trop de difficultés, malgré la piste bien creusée et les quelques passages glacés. Nous sommes tout de même très contents de retrouver Pré Raymond : désormais, nous n'avons plus que la route enneigée, qui sera facile à descendre, même en neige mauvaise.
Derniers efforts sur la route, finalement avec la meilleure neige de tout le parcours !
Presque 8 heures et 1800m de dénivelé, une belle bambée. A refaire en neige transformée, et à faire également le tour anti horaire par les cols de la Pra, de Freydane, des Lances, du Loup... mais lorsque la route sera dégagée jusqu'à Pré Raymond !